Foulque macroule (Fulica atra) couvant ses œufs sur son nid de roseaux et brindilles au bord de la rivière, entourée de branchages printaniers

Carnets de terrain  ·  Oiseaux aquatiques  ·  Printemps 2025

La Foulque en couvaison

Une heure d'affût, une patience récompensée — l'intimité d'un nid suspendu entre deux eaux.

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Carnet de terrain — Somme, printemps 2025

Quand la Foulque tisse son nid entre deux rives

Elle ne bouge pas. Noire et compacte sur sa couronne de roseaux, la Foulque macroule couve avec une immobilité de pierre. Seul le blanc laiteux de son front se détache sur le reflet gris de la rivière.

C'est en longeant les berges de la Somme, par un matin d'avril encore frais, que je tombe sur cette scène. Entre deux saules dont les branches trempent leurs extrémités dans l'eau courante, un nid monumental se dessine — une architecture de brindilles et de tiges sèches soigneusement assemblées depuis plusieurs semaines. Perchée dessus, une Foulque macroule (Fulica atra) en pleine couvaison.

Je m'immobilise. La berge est haute, je suis en léger surplomb, à peut-être huit mètres. Suffisamment proche pour cadrer, suffisamment loin pour ne pas perturber. Je pose délicatement mon sac, sors le 500 mm monté sur rotule, et j'attends. L'oiseau a levé la tête à mon arrivée — un regard méfiant, une crispation perceptible. Puis le silence reprend ses droits.

Le nid de la Foulque est une prouesse — une île flottante construite de rien, amarrée aux herbes pour tenir la marée.

Morgan — Carnet de terrain, avril 2025

Ce qui frappe d'abord, c'est la matière brute du nid. Tiges de roseaux, joncs blanchis, brindilles de différentes essences, le tout imbriqué en une masse dense et organisée. La Foulque bâtit un radeau — une structure en partie flottante, ancrée dans les herbes riveraines pour résister au courant. Elle peut en construire plusieurs au cours d'une même saison, abandonner certains, en élire un.

La femelle — ou le mâle, car les deux couvent à tour de rôle chez cette espèce — reste prostrée sur les œufs. En moyenne cinq à huit, d'un beige crème tacheté de brun. La période d'incubation dure environ 21 à 24 jours. Je ne verrai pas les poussins aujourd'hui, mais je sais qu'ils seront couverts d'un duvet noir flamboyant, avec une tête orangée comiquement ornée de quelques brins rouges — l'une des parures les plus singulières du monde aviaire.

Pendant que j'observe, une Bergeronnette des ruisseaux traverse le cadre en rase-mottes. L'oiseau sur le nid ne cille pas. Sa sérénité est presque communicative. Le déclencheur clique à intervalles lents. Chaque image est une variation mineure : un angle de tête, le miroitement de l'eau, un voile de lumière entre deux branches.

Gros plan d'une Foulque macroule immobile sur son grand nid de végétation sèche, partiellement dissimulée par des branches de saule au-dessus d'une rivière à courant visible en arrière-plan
Foulque macroule — Somme, avril 2025  ·  500 mm f/5.6  ·  1/640s  ·  ISO 1250  ·  Morgan

Espèce observée

Foulque macroule  Fulica atra

Ordre Gruiformes  ·  Famille Rallidés  ·  Envergure 70–80 cm  ·  Sédentaire et nicheur en France

La Foulque macroule est souvent perçue comme un oiseau banal — trop commune pour retenir l'attention des photographes. C'est cette banalité même qui m'attire. Elle fait partie du décor des étangs et des rivières lentes depuis toujours, et pourtant elle cache des comportements d'une richesse insoupçonnée : les guerres territoriales printanières, la parade nuptiale frénétique, l'agressivité parfois extrême envers ses propres poussins.

Ce matin-là, rien de tout ça. Juste la paix des nids — cet instant suspendu où la biologie se fait contemplation, et la contemplation se fait image.

Réglages & technique d'affût

  • Objectif 500 mm f/5.6 stabilisé, sur rotule fluide basse
  • Vitesse 1/640s pour figer les micro-mouvements de tête
  • ISO 1250 — lumière couverte, berge à l'ombre des saules
  • Approche lente sur 20 minutes, haltes fréquentes, pas de contact visuel direct
  • Position légèrement en surplomb : ~1 m au-dessus du niveau de l'eau
  • Attente silencieuse de 55 minutes avant la série principale

En photographie animalière, le temps est la seule véritable monnaie. On ne peut pas acheter la confiance d'un oiseau, ni accélérer le moment où il décide que vous n'êtes plus une menace. On peut seulement être là — présent, immobile, disponible — et laisser la lumière et la scène se composer d'elles-mêmes.

Je remballe vers neuf heures et demie, le soleil commençant à raser trop durement l'eau. La Foulque couve toujours. Elle couvera encore des heures, avant que son partenaire ne vienne la relever. Je reviendrai dans une dizaine de jours. Peut-être verrai-je les premiers poussins.

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M
Morgan

Photographe animalier naturaliste — forêts, zones humides, littoraux de France.