Ce matin de février, le brouillard flottait encore en lambeaux sur l’étang quand trois silhouettes compactes ont fendu le miroir d’eau. Un mâle, deux femelles. Le temps d’un battement de cœur, j’ai reconnu le roux flamboyant de sa tête — un fuligule milouin en plein plumage nuptial.
Il était 7h40. Le soleil venait à peine de s’extraire de l’horizon, projetant une lumière rasante et chaude sur la surface de l’étang. J’avais planté mon affût à la lisière des roseaux depuis une demi-heure, gelé mais patient, l’œil rivé à la lunette. Le plan d’eau, couleur d’argile et de ciel pâle, semblait désert.
C’est lui qui est arrivé le premier, glissant depuis l’anse gauche avec cette nonchalance royale propre aux canards plongeurs. Sa tête rousse brique — presque acajou dans la lumière oblique — tranchait violemment sur son dos d’un blanc immaculé et sa poitrine de jais. Quelques mètres derrière, deux femelles au plumage de terre cuite l’ont rejoint en silence.
Pendant près de vingt minutes, le petit groupe a évolué paisiblement, indifférent à ma présence cachée dans les roseaux. Le mâle plongeait par intermittence à la recherche de végétaux aquatiques, réapparaissant toujours un peu plus loin. Les femelles, elles, semblaient surveiller les alentours avec une vigilance tranquille.
J’ai déclenché l’obturateur au moment où les trois oiseaux se retrouvaient dans le même cadre — une de ces secondes rares où la lumière, la composition et le comportement animal se conjuguent parfaitement.
閭 Le Fuligule milouin (Aythya ferina) en quelques points
- Nom scientifique : Aythya ferina
- Statut : Migrateur partiel, hivernant régulier en France (octobre–mars)
- Habitat : Lacs, étangs, estuaires — préfère les eaux calmes avec végétation aquatique
- Dimorphisme sexuel : Très marqué — le mâle en nuptial est immédiatement reconnaissable à sa tête rousse, sa poitrine noire et son dos gris-blanc
- Alimentation : Plongeur — plantes aquatiques, graines, invertébrés
- Statut de conservation : Vulnérable (UICN) en raison du déclin des effectifs européens
Le fuligule milouin est l’un de ces canards qui récompensent l’attente. Il demande de la patience — savoir lire la météo, choisir le bon étang, se lever avant l’aube. Mais quand tout s’aligne, la photographie ornithologique prend tout son sens.
Si vous souhaitez observer le fuligule milouin dans les Hauts-de-France, les étangs du Marquenterre, les lacs de la plaine maritime picarde et les plans d’eau autour de l’Oise accueillent régulièrement des groupes hivernants. La période idéale s’étend de novembre à mars.